Une sortie communautaire pas comme les autres

 

Sœur Ruthina Francis, en mission en Côte d’Ivoire, nous raconte une sortie communautaire au Ghana, où elles ont visité les sites historiques et mémoriaux du peuple Ghanéen. L’occasion était inspirante, même si elle a soulevé beaucoup de questions.

 

Une rencontre douloureuse

Une sortie communautaire est le plus souvent un temps de détente. Elle permet de changer les habitudes en prenant un peu d’air ; en se relaxant pour goûter ce qui est différent. C’est en quelque sorte faire du tourisme. Néanmoins la sortie de la communauté de Daoukro au Ghana pendant ce temps de Carême, nous a profondément marquées avec la visite guidée dans deux châteaux. Il s’agit de la visite des Forts Cape Coast et Saint-Georges de la Mine d’Elmina.  Ces lieux historiques nous ont mises dans un face à face à une partie de notre douloureuse histoire.

 

 

 

 

Tous les deux, situés sur la côte du Ghana, ont été utilisés pour détenir, torturer et enchainer des africains avant de les embarquer par la porte du Non-Retour vers des terres inconnues. Avec notre guide, Christelle, Maxime et moi avons parcouru la route de nos frères et sœurs, dans les cachots, les chambres de punition, la cour de dénégation, la porte du non-retour…

 

 

 

Une histoire dure et horrible ! Des humains arrachés à leur pays d’origine et à leur famille, traités comme des objets, bafoués dans leur dignité. Une réalité pleine de douleur, pleine de traumatisme, subie et renforcée par la traite transatlantique, un crime étendu et soutenu.

 

 

 

 

Nos frères et sœurs avec la même dignité comme nous, furent privés de leur liberté, devenus propriété de quelqu’un. C’est une « plaie dans le corps de l’humanité, une plaie dans la chair du Christ », elle est notre « in-dignité », parce qu’elle ôte à chacun de nous sa dignité » souligne le pape François.

 

 

Un chemin de croix

Pleine d’émotion et de colère après avoir avancé pas à pas dans le château, je me suis assise dans un cachot utilisé pour enchainer des femmes et je me lamentais :

 

  • Comment cela a pu arriver à l’humanité ?
  • Pourquoi cette partie de l’humanité se fait sentir inférieur aux autres ?
  • Comment affronter cet horrible passé sans la haine contre les bourreaux qui ont traité nos ancêtres ainsi ?
  • Quelle leçon tirée d’un passé si triste ?
  • Quelle expérience spirituelle garder de ce phénomène ?

 

Voilà les questions qui m’habitaient après avoir fait ce chemin de croix sur la route empruntée de force par nos frères et sœurs vendus en esclavage. Cependant cette histoire n’est-elle pas semblable à celle de Jésus, devenu esclave et mort sur la croix pour nos pèches ou encore les 14 stations de douleur et de souffrance du Chemin de croix de Jésus. Toutefois c’est un chemin d’espérance.

 

 

Ainsi le temps de Carême est un temps propice pour relire cette histoire, afin d’avancer pas à pas avec Jésus. Comme souligne notre Règle de Vie :

 « Nous relisons notre vie et les évènements de notre histoire

à la lumière de la Parole de Dieu. »

                                                                                                                                                                                                                               (Règle de Vie no 31)

 

Quel chemin de la liberté ?

Je me suis rendu compte que la route de la liberté n’est pas toujours évidente car il y a beaucoup de difficultés à traverser et des chaines à enlever. En même temps c’est une route du « non-retour » de tout ce qui m’asservi. Elle représente la passion de Jésus. Pendant ce temps de Carême, ce n’est qu’en regardant l’amour de Jésus mort sur la croix et ressuscité que je parviendrai à traverser ce chemin de liberté. C’est un chemin « guidé par l’Amour ». Comme le précisait le Pape François lors d’une audience générale en octobre 2021, la liberté est un « trésor que l’on n’apprécie vraiment que lorsqu’on le perd ».

 

 

Que ce temps de Carême soit pour nous un chemin vers la libération. Martin Luther King dans son fameux discours de 1963 « I have a dream » (« Je fais un rêve ») a bien résumé ce chemin :

 

« Ne cherchons pas à satisfaire notre soif de liberté en buvant à la coupe de l’amertume et de la haine. Nous devons toujours mener notre lutte sur les hauts plateaux de la dignité et de la discipline. Nous ne devons pas laisser nos revendications créatrices dégénérer en violence physique. Sans cesse, nous devons nous élever jusqu’aux hauteurs majestueuses où la force de l’âme s’unit à la force physique. » 

 

« C’est l’heure de faire de la justice une réalité pour tous les enfants de Dieu. »

 

Sr Ruthina Francis, fj

Daoukro, Côte d’Ivoire

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